Conséquences de l’expulsion

Cet article fait suite à celui-ci.

[…] L’expulsion des Juifs d’Espagne produisit une impression pénible sur presque tous les princes d’Europe, et le Parlement de Paris blâma sévèrement Ferdinand et Isabelle d’avoir proscrit de leur pays une classe de citoyens aussi utiles. Le sultan Bajazet II fit cette remarque : « Vous appelez Ferdinand un monarque avisé, lui qui a appauvri son empire et enrichi le mien ! »

De tous les exilés juifs d’Espagne, les plus heureux furent sans contredit ceux qui purent arriver en Turquie. Le sultan Bajazet II se montra à l’égard des Juifs bien plus humain et plus avisé que tous les princes chrétiens; il comprenait de quelle utilité seraient pour son pays l’intelligence et l’activité des proscrits espagnols. Aussi invita-t-il les fonctionnaires des provinces européennes de son empire à faire bon accueil aux émigrants juifs, leur défendant, sous peine de mort, de les persécuter ou de les molester. Comme la plupart des expulsés arrivaient en Turquie dans un lamentable dénuement, Moise Capsali, le grand-rabbin de Constantinople, parcourut les communautés pour recueillir des secours ; il imposa à tous les membres aisés une taxe pour le rachat des captifs espagnols. Il faut ajouter que les Juifs turcs entrèrent avec empressement dans la voie indiquée par leur chef religieux, et vinrent tous, dans la mesure de leurs ressources, au secours de leurs frères d’Espagne. Ceux-ci s’établirent par milliers dans la Turquie, et, avant qu’une génération eût disparu, ils eurent conquis la direction du judaïsme turc et purent faire prévaloir leurs idées, leurs usages et leurs traditions.

La diaspora Séfarade

Dispersés dans le bassin méditerranéen et jusqu’en Bulgarie, en Hollande et en Angleterre, les communautés séfarades ont conservé une forte identité de même qu’une langue vernaculaire en propre : Le judéo-espagnol avec ses variantes djudezmo, spaniolit, et hayqati et le ladino réservé à la liturgie. À ces langues viennent s’ajouter de nombreux parlers de judéo-arabe et le judéo-iranien. Les traditions orales mises à part, la poésie, la liturgie et la musique de l’Espagne de l’Âge d’or et celles de la Convivencia ont survécu à toutes ces tribulations et connaissent de nos jours un renouveau. La musique des Séfarades fut jalousement conservée et enrichie au fil des siècles. La musique liturgique dont les textes ont une dimension spirituelle d’une grande beauté, continue de résonner jusqu’au tréfonds de l’âme. Les Juifs d’Espagne ont adopté le style de leur époque et l’ont assimilé à leurs traditions sans s’en départir jusqu’à ce jour. On se marie encore dans des robes richement ornées. La bijouterie a parfois conservé des traits propres à l’Andalousie de l’époque, tout comme la céramique ou l’argenterie réservée aux rites religieux. De nombreux manuscrits hébraïques ont été et continuent d’être écrits dans une calligraphie soignée, avec des dessins géométriques aux tons vifs ou fauves, montrant que l’art des enluminures n’a jamais cessé.

De nos jours, une grande partie de la diaspora des Séfarades s’est établie en Israël et il existe des centres séfarades importants en Amérique et en Europe. L’on assiste à une renaissance culturelle séfarade en Israël et en diaspora. Elle continue de s’inspirer, tout en le renouvelant, de l’héritage séfarade. Il n’en demeure pas moins que l’on a conservé le souvenir, souvent édulcoré, des époques où la convivialité régnait entre des populations de diverses confessions. Les chercheurs de nombreux pays se penchent avec un enthousiasme remarquable sur cette époque fascinante. Les leçons de la cohabitation en Espagne sont assurément porteuses d’enseignements pour les temps modernes. Par ailleurs, l’humanisme juif de l’ère médiévale en inspire encore bien plus d’un de nos jours. Les grands penseurs qui ont aspiré à conjuguer les élans de l’âme, reflet de la divinité, avec le cœur et la raison d’une part, et avec les Écritures de l’autre, ont moulé l’idéal de l’homme pieux, vertueux, sincère et éclairé, de l’homme intègre.

Source : www.histoiredesjuifs.comL’Âge d’or séfarade en Espagne – Grandeur et décadence de la Convivencia, David Bensoussan, Les Éditions Du Lys HTTT, 2006

Carte des routes de la diaspora séfarade

Routes de la diaspora séfarade

Sources : Encyclopedia Judaïca
La cartothèque de l’académie Aix-Marseille pour le fond.

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